Lettre inédite_arrestation du comte de Sade_Anvers

Vous voulez savoir l’histoire de ma prison, Monsieur ?

Elle est bien simple.

Après avoir pris toutes les précautions pour ne pas passer sur les terres de la reine de Hongrie, croyant n’avoir rien à craindre sur les territoires des autres princes, je fus arrêté à Sinzig, petit bourg de la dépendance de l’électeur Palatin sur le bord du Rhin, par le capitaine Béthune qui avait à ses ordres une compagnie franche de 100 hommes.

En entrant dans la cour de la poste pour changer les chevaux, j’aperçus des armoiries vertes qui m’annoncèrent mon malheur.

Je donnais mon portefeuille à l’un de mes gens qui n’était pas encore descendu de cheval, pour le porter à mon secrétaire à Bonn, dont nous n’étions qu’à six lieues.

J’eus beaucoup de peine à lui faire entendre de se sauver : il me disait toujours que son cheval était las ; à la fin, il m’obéit.

Pendant ce temps-là, les soldats entouraient la maison, et le capitaine vint me demander mon épée.

On me fit monter dans une chambre, où je fus gardé avec beaucoup de soins.

Mon domestique arriva à Bonn, remit mes papiers à mon secrétaire qui alla sur-le-champ apprendre à la comtesse de Metternich le malheur qui m’était arrivé.

Cette dame, qui avait toujours été mon amie, fait mettre les chevaux à son carrosse et part sur-le-champ pour Sinzig avec une de ses amies et une de ses femmes, dans l’espérance de pouvoir me sauver.

Elle arrive au cabaret où j’étais, comme une femme qui voyage ; elle parle au maître du cabaret, le gagne et l’engage à enivrer les officiers et à me faire sauver.

Pendant qu’ils furent à table, la sentinelle qui était à ma porte s’étant endormie, l’hôte crut l’occasion favorable pour me tirer de ma chambre et me faire entrer dans celle où était la comtesse de Metternich : je ne saurais rendre le transport de joie que j’eus de la revoir, et de sentir ce qu’elle faisait pour moi ; je voulus me répandre en remerciements.

« Non, me dit la comtesse, Vous me les ferez à Bonn.

Je vous ai apporté des habits de femme : mettez-les promptement et sortons d’ici. »

Comme je lui obéissais, il me vint dans l’esprit le danger auquel elle s’exposait pour moi et j’eus honte.

Je quittai la robe que j’avais déjà mise, en lui disant que je ne voulais pas qu’elle courût aucun danger pour moi ; que le capitaine Béthune était un brutal qui lui ferait mal passer son temps s’il nous surprenait.

Comme je finissais ces paroles, il entra dans la chambre où nous étions, ne m’ayant pas trouvé dans la mienne.

Il dit les dernières horreurs à ces dames quand il m’eût ramené chez moi, et les obligea de partir sur-le-champ, quoiqu’il fit nuit et qu’il fit un temps affreux.

Je n’en fus que plus repéré, mais je n’oublierai jamais la générosité de Mme de Metternich.

On me mena le lendemain au camp du duc d’Arenberg, qui m’envoya dans un château où son fils était logé ; j’en reçu beaucoup de politesses.

Son adjudant m’a conduit à Louvain, où j’ai trouvé celui de M. de Jaunit, qui m’a mené à Anvers, où j’ai la citadelle pour prison.

Moyennant la parole que j’ai donnée, on me permet d’aller en ville.

La reine m’entretient un carrosse et une table de 4 ou 5 couverts, mais les officiers qui sont à la citadelle sont de si mauvaises compagnies que j’aimerais autant être seul ».

 

Maison des Archives de la famille de Sade, Lettre inédite trouvée par l’auteur-historien Maurice Lever.

Publié par jeremie92

Je suis un professionnel disponible, autodidacte et motivé : je mets à disposition mes compétences en freelance, soit en portage salarial à distance en télétravail ou sur place au choix de l’entreprise : Rédacteur web sinon blogueur professionnel pour les entreprises. Je peux aussi me rendre disponible pour des tâches en fonction support tels que la gestion administrative commerciale, l’achat, les moyens généraux, les ressources humaines et même la comptabilité. Mon taux journalier s’élève à 50€. Il est demandé un acompte de 50% pour couvrir les frais. Je n’ai pas de préférence sur les conditions et l’aménagement du temps de travail, mais j’ai une petite préférence pour les branches d’activités : sociologie, médias, radios et audiovisuel. Ce qui ne veut pas dire que je me ferme à d’autres opportunités ; je suis plutôt flexible, ce que je demande en tout bonne foi c’est de la sincérité et de l’authenticité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :